Saclay : « Nous nous porterons candidats aux campus d’excellence »

(Paul Vialle, président de la FCS)

Article extrait de monSaclay.fr (Licence Creative Commons)

« Il n’y a pas de raison [que le campus de Saclay] ne se porte pas candidat » pour être labellisé campus d’excellence, affirme Paul Vialle, président de la fondation de coopération scientifique « Campus Paris-Saclay ». « Saclay représente 10 à 20 % de la recherche française. Il est normal qu’il reçoive une part de l’ensemble des moyens mis par l’État dans ce domaine », estime-t-il dans un entretien accordé à AEF, alors que le grand emprunt prévoit de consacrer par ailleurs un milliard d’euros à ce campus (AEF n°124482), en plus de la dotation en capital du plan campus de 850 millions d’euros (AEF n°113278). Il revient aussi sur le rôle de la fondation à côté du futur établissement public « Paris-Saclay », et sur la structuration des enseignements et de la recherche autour de grands « enjeux ». « Je pense que le modèle d’école ou d’université monodisciplinaire et multicampus est dépassé », dit-il.

AEF : Le campus du plateau de Saclay, qui va recevoir un milliard du grand emprunt, sera-t-il aussi candidat aux campus d’excellence ?

Paul Vialle : A priori oui, il n’y a pas de raison de ne pas se porter candidat ! Après, les arbitres décideront. Saclay représente 10 à 20 % de la recherche française. Il est normal qu’il reçoive une part de l’ensemble des moyens mis par l’État dans ce domaine… A nous de présenter un dossier convaincant !

AEF : Quel est le rôle de la fondation de coopération scientifique « Campus Paris-Saclay » que vous présidez, par rapport à celui du futur établissement public de Paris-Saclay, que prépare Pierre Veltz ?

Paul Vialle : Une fondation et un établissement public, ce n’est pas le même métier. L’établissement public a notamment en charge la responsabilité d’aménageur, c’est lui qui mène le jeu dans ce domaine. La fondation porte les projets intellectuels. Sur le plan immobilier par exemple, mon travail est d’aller jusqu’au programme détaillé d’une opération : à quel endroit on construit, sur combien de mètres carrés, pour qui, à quel coût, avec quel plan de financement. Ensuite, je passe la main à l’établissement ou à un autre opérateur qui sera le maître d’ouvrage délégué. Nous sommes de fait en concurrence avec Lausanne ou Berkeley, et pour jouer dans cette cour, il faut bien sûr offrir un cadre de vie agréable, mais aussi structurer l’enseignement, la recherche et l’innovation avec une vue d’ensemble. Il est là, le défi de la fondation. Pour que Saclay soit reconnu comme l’un des dix premiers pôles scientifiques mondiaux, il faut que tous les établissements collaborent, que les gens se connaissent, qu’ils travaillent ensemble. Le projet ne se réduit pas à une mise à niveau immobilière.

AEF : La fondation est donc un chef d’orchestre ?

Paul Vialle : Oui, si vous voulez, dans son domaine. Son rôle est de concevoir des projets transversaux. Si l’on se contente de déplacer un laboratoire de recherche d’un endroit à un autre, cela ne fait pas progresser grand-chose. En revanche, si l’on en profite pour rapprocher deux laboratoires pour en faire une unité mixte, il peut en résulter un bénéfice scientifique. On peut « transversaliser » les entités de base : les laboratoires, les masters, etc. On peut créer de nouvelles plates-formes scientifiques ou technologiques. Par contre, on ne touche pas aux établissements qui les chapeautent, car alors on rentrerait dans des querelles de structures sans fin. Et en attendant, nos concurrents internationaux continuent à courir ! Je pense qu’il ne faut d’ailleurs surtout pas mettre tout l’argent dans la pierre : il faut garder du capital pour faire fonctionner ces pôles transversaux, que je qualifie d’ « enjeux ».

AEF : Sait-on dans quelles caisses ira l’argent du grand emprunt ?

Paul Vialle : Je ne demande pas qu’il passe obligatoirement par les caisses de la fondation. Ce que je voudrais, c’est que la fondation construise des tableaux de financement pour chaque opération, avec la source des divers financements. Le projet global immobilier a été estimé à un peu plus de 4 milliards d’euros, dont 900 millions pour le logement étudiant. Cela englobe les aspects de vie collective aussi bien que les aspects d’enseignement, de recherche et d’innovation. C’est un projet qui a beaucoup évolué depuis février 2009 : aujourd’hui, il comprend le déménagement entier de l’ENS Cachan sur le plateau, ainsi que l’intégralité du campus d’Orsay (Paris-IX). Tous les budgets ont donc été recalculés. Cela doit représenter un ensemble de 60 à 70 opérations.

AEF : Comment fonctionne la fondation au quotidien?

Paul Vialle : Toutes les semaines, je réunis le bureau, composé de huit personnes : Guy Couarraze, président de l’université Paris-XI, Alain Bravo, directeur de Supélec, Xavier Michel, directeur de l’École polytechnique, Rémi Toussain, directeur d’AgroParisTech, Bertrand Girard et Michèle Saumon pour le CNRS, Yves Caristan pour le CEA, Dominique Vernay, président de System@tic, et moi. Ce petit groupe a un grand pouvoir d’entraînement. Quant à la fondation elle-même, elle doit rester une structure légère, dix personnes au maximum, sinon elle se transformerait en technostructure que les établissements finiraient par rejeter parce qu’ils s’estimeraient privés de leurs responsabilités.

AEF : Alors que le mouvement actuel est à la concentration et au rapprochement d’écoles et d’universités en un même lieu, certains s’interrogent : à l’heure des Tic, quelle est l’utilité de « tous se mettre dans un bocal d’un kilomètre de diamètre », comme le dit Jean-Paul Hautier, directeur général de l’Ensam (AEF n°125230)?

Paul Vialle : Pour moi, l’unité de site fait l’unité de politique. Certes, les réseaux informatiques permettent de travailler avec des gens à l’autre bout du monde, mais il s’agit alors de personnes qui vous ressemblent. Il n’y a que si l’on partage un même lieu que l’on peut entrer en contact avec d’autres disciplines, d’autres idées. C’est là que se crée l’effervescence. Je crois beaucoup à la place stratégique qu’occupe un terrain de tennis ou une cafétéria sur un campus, par exemple. Ce n’est pas anodin. Je pense que le modèle d’école ou d’université monodisciplinaire et multicampus est dépassé. Berkeley, l’université de Tokyo, Oxford ou Cambridge, tous ces centres d’excellence ont une même unité géographique, même s’ils peuvent avoir des antennes ailleurs. Partout dans le monde, les universités sont avant tout des lieux – un ou quelques fois plusieurs campus – en général multidisciplinaires. On a besoin de ce mélange, en formation comme en recherche. Les réseaux d’institutions qui se ressemblent, cela ne couvre pas un spectre très large et ne présente pas beaucoup de complémentarités.

AEF : Vous parlez de pluridisciplinarité, mais il n’y a pas de SHS à Saclay… Et beaucoup d’écoles d’ingénieurs qui se ressemblent …

Paul Vialle : Oui, les humanités constituent un « point de vigilance » sur le campus de Saclay. Mais l’ENS Cachan a un fort potentiel en SHS. Il y a également HEC et chaque école a, sous un intitulé ou un autre, ses humanités. Nous sommes tous attachés à ce que ces domaines ne puissent pas être considérés comme mineurs. Par ailleurs, la fondation rassemble certes beaucoup d’écoles d’ingénieurs, mais aussi deux universités, des centres de recherche et un pôle de compétitivité, soit une large diversité d’institutions, ce qui constitue une de nos forces. La science n’est pas tout : une percée technologique doit aussi être acceptée par la société, sinon elle ne sert à rien.

AEF : Comment comptez-vous structurer le futur campus de Saclay, en termes d’organisation des contenus?

Paul Vialle : En France, le paysage se caractérise par une multiplication d’établissements – les universités, les grandes écoles, les organismes de recherche – et une structuration par discipline selon les sections du CoNRS et du CNU. C’est le résultat de l’histoire du pays, c’est comme ça. Les disciplines sont très fortes et depuis longtemps bien organisées. Or, ce schéma-là est mal adapté aux besoins actuels de la société. Si on parle d’enjeux – les Stic, la santé, le climat et l’énergie, etc. – tout le monde comprend, depuis le parlementaire jusqu’à l’homme de la rue. Cela a plus de sens que les mots « physique quantique » ! Un campus me semble être le bon endroit pour structurer tout ça, en repensant le système par les enjeux, qui se déclinent ensuite en projets de recherche, en programmes de formation et en création de valeur par l’innovation. Cela permet de rebattre les cartes, de faire bouger le système à partir d’un dialogue avec la communauté. Nous nous donnons jusqu’à l’été prochain pour fixer les grands enjeux qui structureront le plateau de Saclay.

Contact : FCS « Paris Saclay », Paul Vialle, président, paul@vialle.eu

Lire aussi dans les dépêches :

AEF du 21 décembre 2009, n° 124875

Grand emprunt : « Nous ne nous attendions pas à une telle annonce pour Saclay » (Guy Couarraze, président de Paris-Sud) http://www.aef.info/public/fr/…..;id=124875

AEF du 16 décembre 2009, n° 124656

L’Ensta ParisTech, première école à avoir bouclé le financement de son déménagement à Saclay

http://www.aef.info/public/fr/…..;id=124656

AEF du 19 octobre 2009, n° 121445

Saclay : « Le niveau d’excellence de Polytechnique l’appelle à jouer un rôle moteur auprès de ses partenaires » (François Fillon)

http://www.aef.info/public/fr/…..;id=121445

AEF du 7 octobre 2009, n° 120845

Projet de loi « Grand Paris » : l’établissement public Paris-Saclay sera chargé du « développement du pôle scientifique et technologique »

http://www.aef.info/public/fr/…..;id=120845

AEF du 15 juin 2009, n° 115578

Saclay : Paul Vialle (FCS) fixera d’ici l’automne un tableau de programmation des opérations immobilières

http://www.aef.info/public/fr/…..;id=115578

AEF du 8 juin 2009, n° 115186

Saclay : Pierre Veltz veut privilégier des constructions denses et éviter la dispersion des bâtiments

http://www.aef.info/public/fr/…..;id=115186

AEF du 28 avril 2009, n° 113192

« Opération campus » à Saclay : Paul Vialle remplace Alain Bravo à la tête de la FCS

http://www.aef.info/public/fr/…..;id=113192

AEF du 29 avril 2009, n° 113278

URGENT. « Opération campus » : 850 millions d’euros pour le projet de Saclay

http://www.aef.info/public/fr/…..;id=113278

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