Plateau de Saclay et Régionales: cinq questions à…

Saclay Côté Etudiants a posé cinq questions aux candidats aux régionales, sur leur vision du Plateau de Saclay.

Ce travail est très intéressant, car il représente trois visions de l’aménagement du Plateau de Saclay, correspondant bien aux sensibilités politiques des candidats.

Voici les analyses des réponses des candidats encore en lice pour le second tour, à récupérer sur le site au format pdf (liens avec les titres ci-dessous).

L’ordre de présentation choisi est l’ordre alphabétique (candidats et partis). Une synthèse des réponses fournies est donnée après cette analyse « orientée ».

Cécile Duflot, candidate d’Europe Ecologie

Cécile Duflot estime que le principe même du projet n’est pas bon.

Elle dénonce le déménagement « à marche forcée » des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Elle promeut une démarche plus progressive, avec davantage de réflexion en amont et d’intégration dans une vision globale du territoire.

Elle n’évoque que peu les activités de recherche, ni de développement d’entreprises.

Elle s’attaque à l’aspect « verdissage » du projet.

Elle défend la sanctuarisation des espaces agricoles, en évoquant une migration vers de l’agriculture bio ou de circuits courts d’approvisionnement (ex: AMAP).

Côté transports, elle propose la rénovation de l’existant, et le développement de l’Arc Express (première couronne). Elle s’appuie sur le SDRIF.

Le plateau de Saclay est intégré dans l’espace francilien. Le développement économique par la recherche et l’innovation ne rencontre pas d’écho chez elle.

Jean – Paul Huchon, candidat du Parti Socialiste

Jean-Paul Huchon défend le Schéma Directeur de l’Ile de France (SDRIF), qui prend en compte l’aménagement du plateau de Saclay.  Il s’intéresse au développement de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, mais veut l’intégrer dans un ensemble francilien de la recherche, existant déjà. Il a une vision de « gestionnaire opérationnel », avec pour lui  une très bonne connaissance pratique du dossier et un travail approfondi avec la CAPS (n’aurait-elle pas collaboré à cette réponse, les autres collectivités ne sont curieusement pas mentionnées ?). Il défend les 2300 hectares d’espaces naturels et agricoles.

Il s’attache beaucoup au problème de gouvernance et s’attaque au projet du Grand Paris, notamment sur ici l’aménagement du Plateau de Saclay et le « métro automatique », qui va obérer les rénovations de l’existant et les développements prévus à court-moyen terme dans le cadre du SDRIF.

Pour lui, le projet scientifique ne doit pas être « hors-sol », mais intégré dans l’espace francilien. Il ne croit pas à « l’innovation par la concentration ». La manière précipitée et autoritaire avec laquelle ce projet est mené l’inquiète pour son avenir. Il se joint à la demande de moratoire pour le déménagement de l’Université d’Orsay. Il privilégie la concertation.

Il défend les projets développés en commun par la Région et les collectivités territoriales. Il se montre attaché aux liaisons plateau-vallées, ce qui correspond à l’intégration du plateau dans l’ensemble francilien.

Valérie Pecresse, candidate d’Union pour un Mouvement Populaire et du Nouveau Centre

Valérie Pécresse est la ministre de tutelle, en charge de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Elle est la promotrice du Plan Campus et est co-responsable avec Christian Blanc, du projet d’aménagement du Plateau de Saclay. Ses réponses correspondent souvent davantage à ce statut qu’à celui d’une candidate à la Présidence de l’ensemble de la Région Ile de France.

Elle vend son projet, affirme qu’elle veut le « meilleur environnement » pour les étudiants, enseignants et chercheurs. La recherche et l’innovation sont assignées comme moteurs du développement économique (la crise est évoquée). Les milliards, le rôle volontariste de l’Etat, l »ambition mondiale sont ses slogans.

Le problème des transports n’est pas évoqué, ni celui du logement.

Les rapprochements d’établissements, la « synergie » sensée opérer, les grands moyens mutualisés sont décrits. Elle met la pression sur une « obligation de résultat » pour le Fondation de Coopération Scientifique. En creux, elle reconnait que le projet scientifique n’est pas suffisamment développé. Elle mentionne la nécessité des sciences humaines et sociales (qui sont absentes des projets scientifiques actuels), et veut faire remplir cette fonction à HEC (on peut s’interroger sur ce choix).

Sa vision donne l’impression d’un île fermée, d’une « réserve d’indiens », que pourrait parfois venir visiter les habitants du secteur (concession aux demandes des associations ?). Elle travaille au développement d’un « campus vert », avec un « paysagiste de renom ». Mais il n’y a aucune volonté d’intégration de celui-ci dans le territoire environnant, ni dans l’espace francilien.

Synthèse des réponses aux 5 questions

1) Quelle vision portez-vous sur le projet de cluster scientifique de Saclay ? Quelles opportunités et risques y voyez-vous pour la région ?

Cécile Duflot Jean-Paul Huchon Valérie Pécresse
Dénonce le projet, vu comme une « aggrégation à marche forcée » d’établissement d’enseignement supérieur et de recherche

Récuse le terme de « cluster » pour le projet.

Le bassin d’emploi sera surdimensionné par rapport aux infrastructures de logement et de transports du secteur.

Dénonce le « projet pharaonique » de métro automatique. Défend le projet Arc Express en petite couronne

« Le pôle Orsay/Saclay, et plus largement l’ensemble du cône sud de l’innovation, sont des sitessratégiques inscrits au projet de schéma directeur de la région Ile de France (SDRIF). »

Mais le projet doit prendre en compte l’ensemble académique francilien.

« la Silicon Valley, c’est toute l’Ile de France »

S’exprime comme ministre, porteuse du projet.

Trois ambitions :

-offrir aux étudiants les meilleures conditions d’études ;

– environnement de recherche universtaire aligné sur les grands campus internationaux ;

– recherche : moteur de

l’innovation et de la croissance.

2) Pour vous, quelles sont les priorités à mettre en oeuvre dans les 6  prochaines années pour le développement du plateau de Saclay et des territoires alentours ?

Cécile Duflot Jean-Paul Huchon Valérie Pécresse
Pas d’urbanisation massive. Sanctuarisation de 2300 hectares agricoles. Respect du SDRIF. Soutien à l’agriculture bio ou circuits courts.

Amélioration desserte frange du plateau, rénovation RER B, développement pistes cyclables

Les transports en commun sont prioritaires.

Le projet pharaonique du métro automatique crée des risques pour le financeemnt de projets comme la rénovation des RER B et C et la réalisation prioritaire du TCSP St Quentin-Saclay-Massy-Orly.

Le plan de transports proposé par la région correspond aux attentes des élus locaux.

Une politique du logement doit y être associée, des logements sociaux doivent être proposés. Le projet scientifique ne doit pas être « hors sol ».

Parle en tant que ministre de l’Enseignement Supéreur et de la Recherche

Se félicite du rapprochement d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche, et la la mise en œuvre de moyens mutualisés.

« Saclay une véritable cité scientifique,

vivante et moderne. »

« Les acteurs doivent maintenant faire avancer leur projet scientifique et pédagogique commun. »

Les sciences humaines et sociales seront représentées par HEC (et l’ENS Cachan).

L’objectif énoncé est « création d’une marque unique, avec une signature scientifique

commune et visible de Shanghai »

3) La centralisation des établissements scolaires et de recherche sur le plateau a pour objectif de créer des synergies dans la formation supérieure, la recherche et l’entreprenariat français. Ne risque-t-on pas d’assister uniquement à une délocalisation de ces activités hors de Paris sans obtenir de réel plus ? Concrètement, comment comptez-vous impliquer la région pour atteindre cet objectif ?

Cécile Duflot Jean-Paul Huchon Valérie Pécresse
La question des synergies n’est pas abordée. L’opération consiste surtout en déménagement non concerté d’établissement, en profitant de la valorisation foncière des surfaces libérées. La disparition d’établissements sur le sud parisien n’a pas donné lieu à réflexion. Il n’y a pas eu réflexion commune sur cet aménagement.

Si ce projet se faisait malgré tout, la région pourrait soutenir des infrastructures communes (bibliothèques,…)

« la concentration ne crée pas en soi de l’innovation ». Propose des infrastructures communes, également orientées vers les entrepreneurs.

Estime risquée la politique de concentration des établissements, même sur le plan universitaire et scientifique (déstabilisation de réseaux existants).

Soutien la demande de moratoire au déménagement de l’Université d’Orsay.

Malgré le régime précipité des déménagements contraints de fait, la Région veillera à une concertation et à des choix transparents

S’exprime comme ministre.

« Les moyens accordés par l’Etat sont considérables. Ils créent aussi des devoirs : cet effort financier

exceptionnel doit s’appuyer sur une collaboration exemplaire de l’ensemble des 23 acteurs du

campus ». « nous

avons demandé à la fondation de coopération scientifique d’approfondir son projet scientifique et

pédagogique pour qu’il soit à la hauteur de l’investissement de l’Etat. ».

Présidente de Région, «

conditionnerai ce soutien à l’existence d’un projet scientifique et pédagogique global et au

développement d’une vraie vie de campus. »

4) Du point de vue environnemental et de l’aménagement, ce projet comporte de nombreuses contradictions. L’innovation environnementale fait pleinement partie du projet (renforcement du lien écoles-recherche-entreprises sur les thèmes du développement durable, constructions HQE, …) mais le projet va entièrement remodeler l’environnement local, les paysages et l’utilisation des terres. Comment peut-on gérer ces contradictions à l’échelle de la région ?

Cécile Duflot Jean-Paul Huchon Valérie Pécresse
Prétendre à que ce projet est écologique est une « escroquerie intellectuelle ». Bâtir sur des terres agricoles plutôt que de densifier et rénover est un non-sens environnemental. Les eco-activités ne doivent pas cacher l’axe de  développement des nano-technologies, très contestées.

La « constitution d’un super-pôle non-intégré » renforcera la disparité entre les territoires franciliens. Le SDRIF est l’outil adapté pour penser l’aménagement de manière globale.

« l’urbanisme autoritaire et brutal n’est aujourd’hui plus de mise » « Chercher à passer en force, en faisant fi des réalités locales, c’est mettre en péril à terme la mise en oeuvre effective des projets. »

L’ensemble des collectivités locales « défend un projet

d’aménagement préservant effectivement 2300 ha d’espaces naturels et agricoles, développant un principe d’urbanisation et de

densification raisonnée du plateau, lié aux les projets de transport en commun »

« Privilégier, avant

toute chose, le développement des espaces urbains existants est la clef de voûte du projet de SDRIF. »

« inventer ce campus d’un genre nouveau : un

campus ouvert et paysager, un campus ancré au coeur d’une nature préservée »

« l’implantation des établissements sur le

plateau devra limiter l’étalement urbain et ainsi préserver au maximum les espaces naturels et

agricoles. »

« notre modèle, c’est Oxford, Cambridge ou Heidelberg »

5) Selon vous quel rôle auraient à jouer les nouveaux arrivants étudiants, personnels et chercheurs dans la vie locale ? Comment pourrait-t-on éviter le cloisonnement entre habitants d’un côté et nouveaux arrivants de l’autre ?

Cécile Duflot Jean-Paul Huchon Valérie Pécresse
Partage de l’habitat et des équipements.

Transports irriguant autour du plateau.

La vie associative dans les vallées. Les associations d’étudiants sont inviter à les rejoindre, par exemple pour proposer des activités autour de la science et de la culture. « le projet de vie de campus devra comporter des parcs et des lieux de vie

agréables, des restaurants et des salles de spectacles, des espaces conviviaux ».

« les étudiants doivent participer au débat sur le projet de vie de campus «

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