Le campus de Saclay et les universités franciliennes

Le campus de Saclay est censé regrouper un certain nombre d’établissements aujourd’hui dispersés sur Paris et sa  banlieue. Bernard Larrouturou a remis son rapport « Rénover l’Enseignement Supérieur Parisien » à Valérie Pécresse.

« Sauvons La Recherche » lui consacre un article,  « Dernière version du rapport Larrouturou sur l’immobilier universitaire parisien« , dans lequel se pose la question de voir comment le campus de Saclay s’articule dans l’environnement universitaire francilien:

«  la logique du projet de développement du plateau de Saclay et la logique de la rénovation de l’enseignement supérieur parisien sont difficiles à concilier ». Le navrant Grand Emprunt ayant déjà tranché en faveur de Saclay, qui peut encore croire que cette politique est favorable aux universités ?

La question de l’impact d’un projet comme celui du campus de Saclay sur l’ensemble du dispositif d’Enseignement Supérieur et de Recherche (ES&R) francilien se pose. Comment se font les articulations entre les différents établissements et organismes ? Ce sont des questions que pose le rapport Larrouturou.

Extraits du rapport  Larrouturou concernant le campus de Saclay

Vision globale du dispositif francilien d’ES&R ?

p31

Sur de nombreux aspects, la réflexion sur l’avenir à moyen et long terme doit être approfondie. Il faut élaborer et partager avec l’ensemble des acteurs une vision de l’évolution du dispositif francilien d’ES&R (Enseignement Supérieur et Recherche) et de ses grands équilibres – par exemple entre Paris et périphérie. Il reste à préciser comment les impulsions données récemment par l’État, sur Saclay et sur le Campus Condorcet, s’intègrent dans une vision francilienne globale, et comment placer davantage ces deux sites dans une perspective d’ouverture pluridisciplinaire pour ne pas enfermer sur elles-mêmes les sciences de l’ingénieur dans un cas et les SHS dans l’autre. En cohérence avec les schémas de développement des transports franciliens qui sont en cours d’élaboration, il faut élaborer une vision de l’évolution de la carte des grands pôles d’ES&R franciliens et du travail en réseau entre ces pôles – Paris, Saclay, Evry, Marne-la-Vallée, Condorcet et la Seine Saint-Denis, et les pôles de l’Ouest : Nanterre, Cergy, Versailles. Les questions ne manquent pas !

Identification des établissements et les pôles universitaires franciliens « visibles de Shanghai »

P32

À la question posée ci-dessus sur les pôles universitaires franciliens visibles de Shanghai, on ne peut pas  répondre à la fois « ENS » et « PSLQL », comme je l’ai parfois entendu, ni répondre simultanément « Saclay », « Paris 11 », « Universud », « ParisTech » et « Polytechnique ». Il faudra choisir.

Faut-il viser  que ParisTech soit une université technologique confédérale, délivrant le doctorat sous le timbre  ParisTech – ce qui paraît peu réaliste si on compare le potentiel réel de recherche de l’ensemble de ParisTech à celui des PRES formés autour des universités – ou faut-il recentrer ParisTech autour de son  coeur de métier – la formation d’ingénieurs « à la française », qui est un atout majeur de notre pays – et encourager les écoles qui en sont membres à participer à des PRES avec des universités, comme le fait l’École des Ponts avec Université Paris-Est ?

Sur Saclay, peut-on envisager – à la différence de ce qui est fait à Paris et sur tous les autres sites de l’Opération Campus – de financer une opération d’aussi grande ampleur sans engager un travail de fond sur la structuration du dispositif ? Par exemple, va-t-on vers un  schéma dans lequel l’Université Paris 11 et les grandes écoles du plateau de Saclay travailleront ensemble sous la « bannière commune » Université Paris-Saclay, formant une université confédérale de renom mondial tout en gardant les principaux facteurs d’identité de chaque composante ? Ou envisage-t-on  d’autres dispositifs ?
Proposer des réponses à ces questions dépasse le cadre de ma mission. Mais il serait difficile de comprendre que, pour difficiles qu’ils soient, ces sujets ne soient pas examinés en profondeur, sans tarder.

Maintien de l’immobilier parisien pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche

p67

Le ministère de l’Agriculture a le projet de vendre les locaux de l’école Agro ParisTech, rue Claude Bernard, et d’utiliser le produit de la vente pour financer l’installation d’Agro ParisTech sur le plateau de Saclay en 2015.

Je ne serais pas choqué qu’une partie du milliard d’euros annoncé récemment pour l’opération de Saclay soit utilisée pour cette opération, avec le double objectif de compléter le montage financier de l’installation d’Agro ParisTech à Saclay et de permettre au MESR de disposer des locaux de la rue Claude  Bernard.
Il faut noter aussi un sujet analogue concernant les deux résidences étudiantes de l’Institut Télécom, situées dans le XIIIème arrondissement. L’Institut Télécom a le projet de les vendre pour financer son installation sur le plateau de Saclay. Un objectif s’impose : trouver une solution qui permette à la fois de
réaliser l’installation de l’Institut Télécom à Saclay et de conserver ces deux résidences pour les étudiants parisiens. Ici encore, c’est un sujet sur lequel il faut engager sans délai une réflexion interministérielle, en concertation avec la Ville de Paris.

PRES et Campus

p100

Ce n’est pas une devinette, c’est une question sérieuse que l’on m’a souvent posée : « quelle est la différence entre un PRES (*) et un Campus ? ». Il a pu y avoir en effet une certaine confusion sur ce point pour les établissements franciliens, puisque les sites retenus en Ile-de-France dans le cadre de  l’Opération Campus n’obéissent pas à la même logique.

Le projet de Saclay, comme Condorcet, s’inscrit d’abord dans une logique territoriale. Cela étant, plusieurs acteurs de ce projet appartiennent à UniverSud ou à ParisTech – deux PRES dont les contours débordent largement du plateau de Saclay – et d’autres à aucun PRES. J’écris dans la section 2.4 ma conviction que l’on ne peut pas faire l’économie d’ouvrir, dès maintenant, la réflexion sur la  structuration – ou la restructuration – en PRES du dispositif d’ES&R du sud de l’Ile-de-France.

Les deux dimensions sont donc importantes : la structuration géographique de l’espace francilien autour de quelques sites – les campus – où se concentrent une grande partie des activités d’ES&R, et la structuration « stratégique » et institutionnelle en PRES – ou en « universités confédérales », pour  utiliser des mots mieux compris dans le monde entier. Ces deux dimensions ont parfois été confondues, notamment parce que la logique de l’Opération Campus, sur certains sites dont Paris, a consisté à utiliser le levier des financements immobiliers pour pousser les établissements à travailler sur la structuration en PRES. Mais elles n’en sont pas moins distinctes. Comme le montre l’exemple de Paris 1, un établissement peut être à la fois partie prenante de la construction d’un nouveau site – où elle ne sera qu’en partie – et pleinement engagé dans la construction d’un PRES.

(*) PRES: pôles de recherche et d’enseignement supérieur
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