Grand Paris: armistice ?

« Aujourd’hui,  les habitants d’Ile-de-France » sont pris en otage entre un Etat de droite et une région de gauche ». C’était un des constats d’Alain Dolium exprimés pendant la campagne des Régionales.

L’état du projet du Grand Paris, et également celui de l’aménagement du Plateau de Saclay, viennent hélas confirmer cette analyse. Un projet qui se voulait ambitieux, s’est retrouvé englué dans des querelles Etat-Région, sur fond de polémiques sur la décentralisation ou  la concertation. Les dernières déclarations relatives au gel des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales  risquent de  déclencher  un nouveau bras de fer entre État et collectivités locales.

Sur le projet de loi du Grand Paris, l’Etat et l’UMP ont fait une concession à la région au sujet des transports.

Un petit pas en avant pour le Grand Paris

Un cessez-le-feu semble avoir été proposé par la Commission Mixte Paritaire: l’amendement du Sénat,  qui enterrait le projet « Arc-Express » de la région, a été retiré. Ce geste d’apaisement semble être inspiré de l’Elysée, les méthodes de Christian Blanc ayant irrité également des élus UMP. Mais l’armistice porte sur la question des transports, et  les points de désaccord opposant l’Etat et les collectivités locales sont loin d’être tous réglés.

Selon Le Figaro:

Ces dernières semaines, l’Élysée a joué un rôle clé pour sortir du bras de fer qui opposait Christian Blanc à Jean-Paul Huchon. Sans compter la gestion des tensions au sein même du gouvernement où le secrétaire d’État chargé du Développement de la région capitale est pointé du doigt pour sa tendance à faire cavalier seul. À cela s’ajoutent des études techniques -dont certaines émanent d’organismes sous la tutelle de l’État, comme l’Insee ou la Direction générale de l’équipement d’Ile-de-France- qui remettent en cause les études de Blanc affirmant, entre autres, la création d’un million d’emplois d’ici à quinze ans.

Chantier présidentiel oblige, le secrétaire général de l’Élysée Claude Guéant a donc repris la main.

Les transports

Le discours entendu aujourd’hui est que les deux projets de transports, « Arc Express » et le « Grand Huit » seraient  « compatibles ».

Car pour le gouvernement, la guerre est finie : Arc Express et le tracé du métro de Blanc doivent se confondre. Le Sdrif sera validé, quitte à être révisé dans la foulée.

transports_grandparis

Le discours entendu aujourd’hui est que les deux projets de transports, « Arc Express » et le « Grand Huit » seraient  « compatibles ».

Car pour le gouvernement, la guerre est finie : Arc Express et le tracé du métro de Blanc doivent se confondre. Le Sdrif sera validé, quitte à être révisé dans la foulée.

Mais, après les différents débats sur le thème des transports, comment pourrait-on faire converger les projets, et comment résoudre la question du financement ? Qu’en est-il des projet de tangentielles, proposées par RFF ?

Cet article résume les deux visions de la politique  des transports en Ile-de-France: Grand paris : « arc express » ou « grand huit », deux logiques s’affrontent (les cartes des deux tracés)

La "double boucle" de Christian Blanc

Arc Express Cliquez sur l'image pour agrandir
Arc Express

Comment en pratique faire coexister les deux projets, avec lancement rapide et quasi-simultané des deux consultations de débat public (supervisés par la Commission Nationale du Débat Public, la CNDP)

Mais la question des transports n’est pas le seul contentieux entre la Région et le Secrétariat d’Etat. La constitution des différents pôles et leur répartition géographique devraient aussi être discutées. Nous retrouvons les problèmes liés au projet d’aménagement du Plateau de Saclay.

Du Grand Paris au grand gâchis

Désormais, le regroupement géographique des pôles spécialisés va faire l’objet de toutes les attentions de l’Etat : La Défense, Saclay, La Plaine Saint-Denis, Le Bourget, entre autres. Mais des économistes questionnent l’efficacité de la réunion physique des compétences. Surtout à l’heure des réseaux. Entre la montagne Sainte-Geneviève, sur la rive gauche parisienne et le plateau de Saclay en passant par la vallée scientifique de la Bièvre, il y a certes une trentaine de kilomètres mais énormément d’échanges. C’est la vie moderne. Quant à la vie de l’habitant métropolitain, on n’en a pas parlé pendant tous ces mois. Les logements trop rares, trop chers et trop petits, les impôts locaux hors de prix dans des communes dégradées, les trains de banlieue au bord de l’asphyxie et, bien souvent, l’envie de s’enfuir de cette vie-là, ne figurent pas au débat. C’est celui-là, le grand gâchis.

Si le texte final ménage la région, il n’en suscite pas moins des réactions fortes, notamment  sur la gouvernance, la concertation et le respect des prérogatives des élus territoriaux. Le député-maire de Palaiseau, président de la CAPS (Communauté d’Agglomération du Plateau de Saclay) a fait part de ses inquiétudes et sa colère relatives au projet d’aménagement du Plateau.

Communiqué de presse de François Lamy sur le grand Paris

A l’issue des travaux de la commission mixte paritaire sur le projet de loi « grand Paris », comment ne pas être à la fois déçu et en colère quant aux perspectives d’avenir sur le Plateau de Saclay. La constitution d’un grand pôle européen de Recherche et d’innovation dans un environnement préservé nécessitait une adhésion et une mobilisation de tous les acteurs, élus, citoyens, scientifiques et universitaires. A l’heure où l’Etat n’a plus les moyens humains et financiers de mener de grandes opérations d’aménagement, au moment où la décentralisation a montré son efficacité pour réaliser au plus du terrain des projets d’intérêt général, le projet de loi de Christian Blanc, avalisé par la majorité parlementaire, accouche d’un monstre technocratique qui méprise les élus et les citoyens et dont on peut mesurer aujourd’hui quelle sera son inefficacité demain.

Depuis quelques années, sur le Plateau de Saclay, les acteurs scientifiques, universitaires et économiques, ont mené des coopérations et bâti des projets.

Les élus locaux se sont mobilisés, ont apporté leur connaissance du terrain, leurs capacités à innover et réussi à susciter l’intérêt des citoyens pour ce grand projet. Ils attendaient tous un Etat moderne, c’est‐à‐dire un Etat qui coordonne, qui impulse et qui finance aux côtés des collectivités territoriales.

Au final d’une discussion parlementaire réalisée dans l’urgence et sans écoute réelle de l’opposition, la loi de Christian Blanc accouche d’un Etablissement Public aux pouvoirs pharaoniques, géré par un Président Directeur général sans légitimité démocratique, régnant sur un territoire qui fait trois fois la superficie de Paris. Les élus sont réduits au rôle de « vache à lait » par un Secrétaire d’Etat aux méthodes autoritaires et technocratiques qui confond concertation et soumission.

Face à ce formidable gâchis, il faudra beaucoup de sagesse et de sang froid aux élus pour ne pas claquer la porte et laisser l’Etat se débrouiller seul, c’est‐à‐dire ne rien faire. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement.

Soit il change radicalement d’attitude et démontre sa capacité à co‐piloter le projet avec ceux qui connaissent le terrain et ont fait la preuve de leur efficacité, soit le grand projet du Président de la République sera mort‐né et à ranger une fois de plus sur l’étagère des annonces fracassantes sans lendemain.

Références

Grand Paris: où est la cohérence?

Du Grand Paris au grand gâchis

Grand Paris: l’État et la région se rapprochent

Grand Paris : députés et sénateurs trouvent un compromis

Grand Paris : le débat public sur le projet Arc Express aura bien lieu


Partager sur
  • Partager via Facebook
  • Partager via Google
  • Partager via Twitter
  • Partager via Email
Cette entrée a été publiée dans Grand Paris, Transports, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Grand Paris: armistice ?

  1. rurbain dit :

    Je ne connais pas la problématique de la gouvernance du plateau de Saclay, il fa

  2. rurbain dit :

    Merci pour les renseignement très synthétique sur ce blog ,
    très utile dans le débat qui va s’ouvrir dans les jours qui viennent.
    L’idée d’un plateau scientifique , technologique, avec des entreprises privées de high tech…avec 20à 30000 étudiants et 10 à 20 000chercheurs, devrait soulever l’enthousiasme, dans le domaine de la recherche, de la technologie,del’entreprise ? je ne vois que très peu de commentaires dans ce sens.Il est vrai que la recherche et l’enseignement étant mal loti voire critiqués ces dernières années, ils ne vont pas se plaindre !
    J’aurai aimé un débat contradictoire de chercheurs et technologues, les professeurs Nimbus restent en blouse dans leur labos dommage !
    est ce que l’idée des super métro sur Saclay est justifiée, j’aurai voulu des commentaires! il y la ville de saint quentin, de Massy , d’Orsay, il y àla ligne C du RER à prolonger, la ligne B du RER à améliorer, une tangentielle à développer Versaiiles Saint Quentin Massy EVry, Roissy.etc

    Au lieu de cela est tombé ce grand projet de double boucle et de gouvernance du plateau, au nom d’une certaine vision de la compétition.
    Je vous invite à acheter la revue VILLE RAIL ET TRANSPORT du 19 mai 2010 .un article sur les rocades ferrées au coeur de la région capitale;Avec un schéma des grandes tangentielles du SDRIF de1994 , qui forme un maillage digne d’une grande métropole internationale.

Les commentaires sont fermés.