Grand Paris pagaille

La Commission Mixte Paritaire, réunissant des membres des deux assemblées parlementaires,  examine très prochainement le projet de loi « Grand Paris », dans sa version modifiée par le Sénat. Cette Commission, la CMP, travaille dans le cadre de la « procédure d’urgence » voulue par le gouvernement. Les opposant affûtent leurs arguments, et se sont déjà déclarés près à faire la guerre à ce projet.

C’est la confusion la plus complète dans la bataille qui oppose la Région Ile de France et  l’Etat, représenté  par Christian Blanc. Ce dernier rencontre aussi des contradicteurs inattendus: des experts qui contestent ses chiffres, le MEDEF, Attali et même des parlementaires UMP qui lâchent du lest en faveur du projet « Arc Express », torpillé par le Sénat.

Le Grand Paris s’extirpe du Parlement, l’opposition résiste

Trop flou, trop cher, trop centralisateur: le projet de Grand Paris de Christian Blanc, qui doit être adopté jeudi par le Parlement, suscite l’ire de la gauche qui lui promet un sombre avenir.

Une commission mixte paritaire doit définir jeudi le texte, amendé à l’Assemblée puis au Sénat, créant l’établissement public – Société du Grand Paris – maître d’ouvrage d’un projet estimé à 35 milliards d’euros, dont 21 milliards pour la création du « grand huit », un métro automatique de 130 km reliant des pôles d’activité et les aéroports franciliens.

Le texte défendu par Christian Blanc, secrétaire d’Etat au Développement de la région capitale, concrétise la partie transports de l’ambition de « Grand Paris » présentée il y a un an par Nicolas Sarkozy, un projet titanesque qui doit rapprocher Paris et sa banlieue et faire de la capitale une « ville monde ».

Mais le vote de la loi n’est qu’un début, prévient la gauche et notamment les élus d’Ile-de-France qui, maires ou conseillers régionaux, crient au jacobinisme. Des études et un débat public vont suivre, éventuellement des recours en justice, et le PS « se réserve le droit » de saisir le Conseil constitutionnel.

« D’un seul coup, on s’aperçoit du gouffre devant lequel se trouve ce processus. Le texte est voté, qu’est-ce qui se passe le lendemain matin ? », a dit mercredi le sénateur socialiste Jean-Yves Le Bouillonec lors d’une conférence de presse.

Selon le président de Paris métropole, le « grand huit » ne pourra être achevé compte tenu du budget que prépare l’exécutif, de sa marge de manoeuvre vis-à-vis de la Commission européenne et de « l’impossibilité pour l’Etat d’aller dans cette stratégie sans prendre le risque à chaque décision prise, de contentieux par les collectivités ou par les habitants ».

« MANIAQUE »

Après le vote, « les choses vont reprendre, c’est pas fini », a assuré la sénatrice socialiste Nicole Bricq. Le texte, « il ne faut pas lui donner plus d’importance qu’il n’en a ».

Les parlementaires de l’opposition n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer l’attitude de Christian Blanc depuis sa nomination, en mars 2008. Plusieurs députés franciliens de droite se sont abstenus ou ont voté contre le texte à l’Assemblée nationale et se sont montrés féroces.

L’ancien dirigeant de la RATP est également surveillé par l’Elysée et Matignon, depuis un échange épistolaire au ton aigre avec François Fillon sur le contenu du projet de loi.

Les architectes ayant travaillé sur le Grand Paris ont enfin déploré d’avoir été mis à l’écart par le secrétaire d’Etat, ce qu’a voulu corriger Nicolas Sarkozy en leur donnant un rôle prépondérant dans l’Atelier international du Grand Paris.

« Monsieur Blanc, dans l’immensité des questions du Grand Paris, vous vous êtes perdu », a écrit Jean Nouvel dans Le Monde. « Vous faites souvent référence à Haussmann. Comme lui, vous êtes préfet, mais vous ne serez jamais Baron », dit-il.

Selon Le Canard enchaîné, une étude bientôt rendue publique a poussé l’exécutif à aplanir les différends avec les acteurs locaux et à laisser une chance au projet de la région, un métro de rocade allant de banlieue à banlieue. L’amendement voté par le Sénat qui enterrait l’Arc Express sera supprimé jeudi, ont d’ailleurs annoncé les députés UMP.

L’étude, menée par un institut de la région Ile-de-France avec l’Insee et la direction régionale de l’équipement, dément les prévisions gouvernementales présentées en amont du débat.

Selon les parlementaires socialistes, elle prévoit d’ici 2030 la création d’environ 300.000 emplois (contre 800.000 à un million selon le gouvernement) et le métro transporterait moins de voyageurs chaque jour que les trois millions prévus.

Les socialistes dénoncent un « coup de bluff », arguant que l’Arc Express tel que le tolère Christian Blanc diffère de celui de la région par ses délais, sa gouvernance, sa finalité et son financement.

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